Alain Biehly 6ème dan, diplomé d’état, DEJEPS.

J’ai commencé l’Aikido, en 1976 à Paris avec maître Noro. Cette même année  j’entrais en formation d’éducateur au ministère de la justice. Confronté à  la violence lors de mon premier poste, je mesurais rapidement l’inadéquation de la discipline pieds-poings que je pratiquais . Invité par un ami pratiquant à l’institut Noro, l’Aikido  m’attira de suite par l’efficacité que j’y entrevoyais. J’ai pratiqué à l’institut jusqu’à mon départ de Paris en 1983. Pendant mes 9 premières années , je fus marqué par son enseignement qui insistait sur l’amplitude des déplacements et la réalisation de techniques fluides.

En septembre1983 je m’installais à Aix en Provence. En 1985 je découvris maître Tamura lors d’un cours au centre sportif universitaire. Au départ, je fus surpris par l’Aikido proposé. De premier abord moins lisible que l’Aikido pratiqué jusqu’alors, il me demanda d’ importantes remises en questions. Cet Aikido qui fonctionnait quelque soit le partenaire me convaint. Par la suite, je découvris que la clé résidait dans le développement de sensations fines. Concrètement, après quelques cours au CSU, je suivis régulièrement les cours du mercredi soir au gymnase du val de l’Arc. En 1995, je continuais de suivre son enseignement dans le cadre de l’Ecole Nationale d’Aikido et cela jusqu’à son décès en 2010. J’ai continué de pratiquer à L’ENA régulièrement jusqu’en juin 2021. L’enseignement de Maitre Tamura m’a permis, maintenant je le comprends, de véritablement entrer dans la pratique de l’Aikido. Mouvement dont une infime partie seulement est visible par l’oeil. La majeure partie, quant à elle, ne se révèle qu’à la hauteur du temps de pratique et de recherche qu’on y consacre. La martialité de la discipline est une source infinie de travail sur soi. Rien n’y est jamais acquis. L’Aikido n’est pas une nomenclature de formes figées mais un mouvement de relations instantanées, spontanées entre deux ou plusieurs partenaires.

De 1985 à 2004 j’ai pratiqué également à l’Institut Aixois d’Aikido et j’y ai enseigné aussi pendant quelques années. En 2004 J’ai créé Aka Dojo Aikido. Au début, Aix en Provence  en fut la seule section, avec des cours enfants et adultes. En 2012 J’ouvris aussi à Rians ou j’habitais, des cours enfants et adultes. En 2017 ce fut également le cas à Jouques.

De 1984 à 1998 ,j’ai reçu aussi l’enseignement  de Jean Picard, moine Zen, un des premiers assistants de Taisen  Deshimaru au dojo de la rue Pernety à Paris et kinésitherapeute, assistant du dr De Sambucy. Je dois énormément à son enseignement dans le cadre de l’association « mieux être et connaissance de soi ». Un enseignement à partir de l’assise zen, de textes issus des divers traditions ésotériques , d’exercices indiens ou taoistes. Travail de Présence qui cherchait à courcircuiter le mental et les sens pour ouvrir les portes à d’autres centres de perception. C’est maintenant après toutes ces années de pratique que je mesure toute la portée de son enseignement. j’y ai découvert que le Zen et le Budo sont de la même veine. Dans l’un comme dans l’autre c’est soi-même que l’on rencontre. Dans le Budo comme dans Le Zen l’exigence est envers soi et non envers l’autre. Deux Do, au delà de l’action et des pensées, qui peuvent se pratiquer  à tous les âges de la vie.

Ma repésentation de l’efficacité a évolué depuis mes débuts. Le regard concernant cette notion, certes légitime, s’est déplacé au fil des ans et des enseignements retiré de la pratique. Aujourd’hui cela se traduit par une plus grande attention portée aux principes qui rendent la technique fonctionnelle. Necéssité de développer une utilisation efficace du corps et du mental dans les situations avec un ou plusieurs partenaires , à mains nues ou avec armes. L’exigence de fonctionnalité de la technique est l’oméga et l’alpha de la pratique. Sans elle, plus de guide sur le chemin.

En parallèle pendant 40 ans j’ai occupé sur le plan professionnel la fonction d’éducateur puis de chef de service éducatif à la Protection Judiciaire de la Jeunesse. Département du ministère de la justice chargé des adolescents suivis pour délits ou crimes. Ce contexte professionnel souvent conflictuel et parfois violent a été aussi un riche champ d’expérimentation, de connaissance de soi et dans les relations.

La pratique du Budo en lien avec mon métier d’éducateur m’a aussi conduit pendant 20 ans à animer des formations en prévention et gestion des conflits et de la violence en milieux soignants et éducatifs. La variété des milieux professionnels ont enrichi mes reflexions concernant le sens de la pratique.

Aujourd’hui, porteur de tout cela, le chemin continue et prend de nouvelles formes.