LE TANTO dans L’AIKIDO. Alain Biehly. Paru dans DRAGON spécial AIKIDO n° 14

 LE TANTO
Dans la tradition japonaise, le tanto constitué d’une lame d’un seul tranchant
mesurait moins de 30cm. Glissé dans le obi il en était tiré à partir des saisies
yonte (fil de la lame vers le bas) ou gyakute ( fil vers le haut) pour couper ou
piquer dans les situation de corps à corps. La saisie pouvait s’effectuer par-
dessus ou par-dessous selon l’opportunité. Mais quelque soit la saisie ou
l’attaque, tout comme le sabre, sa tenue exige un contact ferme mais sans
crispation afin de pouvoir à tout moment changer l’ attaque. La manière dont
Uke tient l’arme peut être déterminante pour le choix de la technique à
appliquer. Selon la saisie du tanto , certaines techniques sont plus appropriées et
d’autres moins, voir pas du tout.
Dans la pratique, au dojo, le tanto est en bois et les attaques, tsuki, shomen uchi,
yokomen uuchi, suhei uchi , partent de l’arrière à partir d’un déplacement ayumi
ashi. Afin de rester dans un réalisme martial Tori et Uke doivent pratiquer en
tenant compte des remarques précédentes.
Tanto dori est une situation qui nous met face à la peur primitive de l’arme
blanche. Ne pas céder à l’émotion mais se concentrer sur l’instant. Avant et
pendant l’attaque l’esprit de Tori doit être «présent» laissant surgir
instantanément la réponse adaptée. Ne placer son esprit ni sur l’arme, ni sur
Uke,ni sur sa propre posture. Ne placer son esprit nulle part pour qu’il soit
partout. Ma sensation serait une sensation de «corps flottant»
.Ni trop ancré ni en perte d’équilibre, suspendu dans un léger mouvement intérieur.
La bonne réalisation des techniques est conditionnée par cette présence qui en
un instant décide par irimi- atémi du placement du corps. La notion d’irimi-
atémi est fondamentale dans l’étude au tanto.
L’utilisation des atémis sous ses différents aspects:
Entraver la volonté d’attaque, perturber, atteindre les points
vitaux,est nécessaire à la construction des techniques. La finalité de l’atémi
n’est pas de détruire mais de permettre à partir du principe irimi ,la recherche du
placement, du rythme, de la distance pour faire un avec Uke. Comme l’écrit
Tamura shihan«si vous éprouvez le sentiment d’envelopper l’adversaire, de ne
faire qu’un avec lui, il viendra de lui-même à l’intérieur de vous-même. C’est
cela l’irimi de l’Aïkido».
Au tanto il peut être parfois dangereux de pénétrer trop tôt dans le maai d’Uke,
il peut être plus avantageux de le laisser venir
s’empaler de lui-même sur la lance( l’atémi) et être ainsi conduit dans le
déséquilibre. Uke, portant essentiellement son attention sur l’arme
, offre des ouvertures que Tori peut exploiter.
Tanto dori impose lors de la réalisation technique de contrôler l’arme et Uke.
Contrôler l’arme ne suffit pas car si Uke n’est pas contrôlé il peut utiliser
d’autres parties de son corps pour frapper ou saisir. Contrôler Uke sans faire de
même avec l’arme peut amener à être tranché. Seul le contrôle conjugué de
l’arme et d’Uke peut, quelque soit l’attaque, préserver l’intégrité de Tori. Cette
double exigence amène Tori à réajuster en permanence le ma ai.
Etre trop proche peut à certains moments être dangereux, mais à d’autres
s’avérer nécessaire. Il en est de même pour l’éloignement.
Ainsi l’étude de tanto dori, par la double exigence qu’elle impose en
permanence, favorise l’acquisition des sensations nécessaires pour le développement du ma ai.
Afin que l’action de Tori soit instantané, présence et disponibilité sont
indispensables. Il n’y a pas de place pour la pensée, intuition et action sont
simultanées.
Toutes nos remarques concernant l’esprit qui doit animer Tori lors de l’étude du
tanto, valent aussi pour Uke .
L’étude du tanto peut aussi dans les cours (à condition de conserver le sens
développé précédemment) constituer un outil pour orienter certaines
recherches telles que:
-L’expérience d’une respiration longue, profonde et calme.
La durée de la réalisation technique qui commence avant l’attaque et va jusqu’à
l’immobilisation d’Aité avec récupération de l’arme conduit Tori à utiliser une
respiration longue et continue qui favorise le travail de relâchement. Tanto dori
permet me semble t-il l’expérience de cette respiration.
-Le travail de certaines entrées.
Durant les cours il m’arrive d’employer le tanto afin d’ étudier les entrées. Par
exemple sur l’attaque shomen uchi , Tori qui tient le tanto, coupe Uke au niveau
du coude puis ensuite au niveau de la gorge avant d’effectuer shihonage.
Shihonage s’inscrit alors naturellement dans le sens de la coupe.
Je l’utilise aussi sur l’entrée morote dori pour chercher une montée axiale du
geste et un lâcher de la coupe sur le déséquilibre d’Uke. Sur cette saisie le tanto
donne plus d’amplitude au geste et favorise ainsi la recherche des directions qui
vont provoquer le déséquilibre d’Aité. La tenue du tanto par Tori indique aussi à
Uke le placement qu’il doit adopter pour effectuer la saisie morote dori.
Tanto dori une situation pour affûter la présence ici et maintenant.
Alain Biehly
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