La pratique de l’AIKIDO au Dojo et au delà. Alain Biehly 20 aôut 2017

 

 KEIKO

« Keiko a été traduit par entrainement. Pour nous, Japonais, keiko globalement contient renshu, tanren et remma.

Ren signifie pétrir, travailler la matière  Shu: Apprendre.Donc apprendre en pétrissant inlassablement  Tan, pour le forgeron, c’est battre, marteler le fer et le tremper.

A entrainement s’ajoutent donc les idées de forger, fortifier,discipliner,transmuter; si vous préférer un entrainement extrêmement sincère. »    TAMURA SENSEI

                                                                                                                  

L’Aïkido propose une résolution des conflits selon le principe de non opposition. Utiliser la force de l’autre pour le contrôler, l’immobiliser. Présence, posture et placement sont nécessaires pour y parvenir. L’Aïkido amène chacun à développer de façon plus ou moins subtile, une conscience simultanée de soi et de l’autre. Conscience qui permet à chaque pratiquant, selon ses possibilités de découvrir la place où il devient possible de contrôler l’action de l’autre sans se mettre en danger.

L’efficacité de cette approche du conflit, confirmée en situation d’agression corporelle, l’est tout autant  lors du conflit verbal. Il ne s’agit plus de gagner ou de perdre mais d’aboutir à une solution qui favorise une issue positive pour les deux acteurs. Pour cela il est nécessaire que l’autre ne se sente pas détruit ou totalement lésé. Parvenir à entendre quelque chose de lui malgré le conflit et le conduire vers une résolution qui soit la plus ouverte possible, telle est l’attitude recherchée. L’exercice n’est pas simple mais néanmoins possible pour peu qu’on identifie bien les enjeux de la situation et qu’on acquière suffisamment de confiance en soi et de fluidité dans la posture, mentale et corporelle. L’Aïkido nous offre cette possibilité de faire évoluer  notre relation à l’autre si nous sommes convaincus de la nécessité ne plus l’envisager  à partir de la focale, gagnant ou perdant; Cette vision, que dès la plus petite enfance, l’éducation sociétale nous a fait intégrer comme la seule possible pour résoudre nos questions. Ce conditionnement  est la source de bien de nos maux et fait de nous des aveugles persuadés de voir.

Parvenir à vivre le conflit sans sombrer dans l’opposition ne peut que nous ramener sans cesse à nous . Quelle conscience avons nous de nous-mêmes, dans notre relation à l’autre et vis à vis  des évènements de la vie? Est-ce l’autre qui par ses propos est seul responsable de mes maux ou y ai-je aussi ma part? Puis-je être blessé par des propos et des évènements si ils ne trouvent aucun écho en moi? Là réside me semble t-il un début de réponse.

L’évènement devient blessure quand nous lui attribuons de l’importance. L’évènement dans son état premier est neutre, seule notre reconnaissance le transforme en émotion. Cela est vrai pour toutes les émotions , qu’elles soient négatives ou positives, les critiques comme les louanges.   Qui se charge de cette attribution?  Si on s’y arrête un tant soit peut, on trouve bien souvent pour ne pas dire toujours, l’ego. C’est lui qui  est derrière notre réactivité impulsive, c’est lui qui dans ces moments là détient les clés de la boutique. Quand je suis critiqué c’est lui qui réagit, quand je fais l’objet de louange c’est encore lui. Alors, comment faire? Si on a décidé ne plus être gouverné par lui, il est nécessaire d’être sans cesse présent à cette conscience. Etre dans cette conscience, cette toute présence, pour dans un premier temps voir l’ego à l’oeuvre et pour dans un second lui retirer les clés. Cette  pratique,  comme au dojo, nécessite vigilance et absence de compromis avec soi-même. Elle est à poursuivre tant que les flux de l’extérieur activent par l’intermédiaire de l’ego une résonance en soi  qui à chaque fois nous enferme un peu plus. C’est cette conscience, toute présence qui doit détenir les clés de l’action et non l’égo. Et si parfois, ce dernier nous piège, ce qui ne manque pas d’arriver, sachons en faire le constat, sans jugement, sans culpabilité,sans dramatiser, mais poursuivons . Cette pratique est aussi le keiko de l’Aikido. N’est-ce pas aussi cela, lâcher l’appui pour laisser le mouvement se réaliser ou diminuer pour grandir.

La pratique de l’Aikdo ouvre les portes de cette connaissance de soi. La nécessaire exigence d’efficacité dans l’exercice en constitue la cible extérieure. Sans cette cible  il perdrait toute direction et deviendrait une technique vide de sens. Mais le sens profond de la pratique est la transformation de l’être, misogi.   Progressivement notre appréciation des évènements ne se limite plus à vrai ou faux, bon ou mauvais. Nous entrevoyons qu’il en est de même au dojo et à l’extérieur. Chaque évènement au-delà de notre ressenti est porteur de changement pour peu que nous ne nous figions pas dans l’opposition.  Il y a quelque chose d’autre à y découvrir: Nous mêmes.  « Notre être au sens exact, nous est révélé par notre usage de nous mêmes » Houei neng.

 

Il s’avère important au fil des années de savoir pourquoi on pratique l’Aikido. Se poser la  question permet de rester vivant dans l’orientation à donner à sa pratique. Ne pas se perdre dans les différentes impasses qui se présentent, nécessite vigilance. La facilité, les certitudes et les habitudes guettent. Pour cela il est indispensable de ne jamais interrompre l’exercice. C’est lui qui nous enseigne.  » Une eau  pure peut pourrir  » Tamura SenseiSi nous considérons que le corps humain est constitué pour 68% d’eau, la métaphore prend encore une dimension supplémentaire. Le nettoyage s’effectue au sens propre comme au figuré. L’exercice offre sans cesse la possibilité de revisiter sa pratique, de faire évoluer ses sensations, de répondre à certaines questions et d’en ouvrir d’autres qui nous conduiront de nouveau vers des réponses temporaires et ainsi de suite….. Il ne peut rien arriver de pire que de s’immobiliser dans un acquis obtenu. Et cela quel qu’en soit sa valeur.

A chacun selon son ancienneté et son investissement dans la pratique, d’explorer, de vivre les exercices proposés, de les mettre en relation avec sa vie quotidienne. Maitre Tamura insistait toujours,  sur le lien qui existe entre  la ,pratique au dojo et la vie quotidienne. » La pratique de l’Aikido est une ascèse de chaque instant, ce qui revient à dire que les activités quotidiennes sont perçues comme l’étude et la mise en application des principes de l’Aikido. Il est inutile de rechercher la complication, il suffit de relâcher les épaules, de garder le Ki dans le seika tanden, d’avoir une attitude juste. On peut pratiquer à table, en marchant, au travail…. » Maitre Tamura.

Mais gardons-nous de sombrer dans l’idéalisation, car ce n’est qu’une fois vécu qu’ il devient possible d’en évoquer la simplicité et le naturel. Pour y parvenir il faut persévérer dans le Keiko, y faire ses propres expériences, sinon ce n’est que l’affaire du mental. L’Aikido est empreint de philosophie mais n’est pas une philosophie. La pratique ne consiste pas à chercher le changement d’ autrui mais  vise notre transformation. La cible est soi-même. Le chemin à parcourir est illimité, le guide est important mais chacun y est son propre maitre.

                                                                                                                                       Alain Biehly

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Une réponse à La pratique de l’AIKIDO au Dojo et au delà. Alain Biehly 20 aôut 2017

  1. lacaze jean-philippe dit :

    bon, et bien, la route sera longue mais enrichissante et le mot est faible…ce sera certainement pour moi une nouvelle renaissance…je l’espere et ferai en sorte de me tenir à la hauteur de cet engagement qui n’est pas des moindre …mais ça vaut le coup! merci alain .

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